Paréidolie - Salon international du dessin Contemporain
les 29, 30, 31 août 2025
Château de Servières, Marseille
Jérémie Setton, artiste invité de Paréidolie 2025.

Manuscrit 2024
crayon sur papier

Au crayon gris, j’ai réécrit sur une feuille la totalité des 184 pages du livre témoignage Vouloir Vivre - Deux frères à Auschwitz de Léon Arditti (éditions l’Harmattan, 1995).
La réalisation de ce dessin/écriture/protocole a été faite sur la feuille de papier placée directement sur le bureau en bois de Léon Arditti, l’auteur du livre, de manière à ce qu’il donne ses dimensions au travail. Pour que tout le texte du livre rentre rigoureusement sur la totalité de la surface du bureau, il m’a fallu adapter la taille de mon écriture (en calculant le nombre de caractères de l’ouvrage). Le recouvrement de toute la surface du bureau (donc de la feuille) par les lignes d’écritures fines agit comme un frottage de la surface du meuble, une empreinte de ce dernier. Cette surface en bois vieilli, aux lattes mal agencées et aux nombreux trous d’insectes, se répercute sur le dessin/écriture et se traduit par de nombreux trous faits par la mine du crayon à travers le papier, au fur et à mesure de l’écriture.
Au final, comme on le ferait d’une image, le témoignage dans sa totalité s’attrape d’un seul regard. Il est entièrement contenu dans la surface « monochrome » grise du dessin. Si, en se rapprochant, le texte est lisible, la densité de l’écriture, ainsi que les nombreux accidents de surface rendent la lecture éprouvante et lacunaire. Certaines lettres, mots ou morceaux de mots sont amputés de façon aléatoire car tombés, au cours de l’écriture, dans les trous vermoulus du bureau. Comme dans tous témoignages basés sur la mémoire, il y a des manques. J’ai fait ce travail pour donner une forme à ces mots, à ces manques ; et parce que j’ai voulu relire ce texte « à la loupe », en prenant le temps nécessaire pour le décrypter, le ressentir, l’assimiler.
Léon Arditti était mon grand-père.



Migration 2025
pierre noire sur papier

Ces dessins à la pierre noire ont été réalisés d’après des archives familiales de fragments de documents d’identités arrachés. Ces formes laissent entrevoir les visages de mes grands-parents paternels et des indices de leur passé de réfugiés, suite à leur départ d’Égypte en 1956.
Pour les dessiner, j’ai observé ces documents sous une forte lumière rasante de manière à faire ressortir l’épaisseur des tampons gaufrés, les aspérités et les déformations des supports ; autant de témoignages matériels de leur histoire. Les fortes ombres portées produites par cet éclairage latéral renforcent l’impression de mouvement et appuient l’idée de déplacement, d’instabilité, constitutif des migrations à toutes les époques.







Dessins corpusculaires 2025
acrylique et pigment sur pâte à papier
Ces objets énigmatiques sont des empreintes de sols et de murs réalisées en pâte à papier.
Elles me permettent de prélever dans l’espace publique ou dans mon atelier des fragments de formes graphiques (des aspérités, des lignes, des creux, des bosses...).
Une fois sèches, ces surfaces sont recouvertes d’une couche de peinture colorée d’une valeur d’ombre. Puis dans le frais, une couleur lumineuse faite de pigment pur est saupoudrée de façon à ce que les grains accrochent les reliefs à la façon d’une lumière rasante.
Une façon pour moi de souligner, de révéler, à la fois le dessin dissimulé dans les empreintes et la nature corpusculaire de la lumière.
Dans l’espace d’exposition, les lumières saupoudrées rentrent en résonance avec la lumière réelle du lieu. Ainsi, selon l’orientation des objets - ils peuvent pivoter - la sensation de volume, de planéité ou de "photographique" peut varier.
D’une certaine façon, le réel se superpose à l’image et entraîne un certain trouble dans notre perception.


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